En bref, Kiki Gyan

Derrière le nom un peu rigolo de Kiki Gyan se cache une destinée résolument tragique. L’histoire d’un talent si éclatant, découvert si tôt et qui s’est consumé tout aussi vite. Né en 1957 au Ghana dans une famille de classe moyenne, il commence à apprendre le piano à l’âge de 3 ans. On découvre rapidement qu’il possède un véritable don et il abandonne ses études pour se consacrer à une carrière de pianiste professionnel à l’âge de 12 ans. En 1972, lors d’une tournée au Royaume-Uni, il fait la rencontre du groupe Osibisa et devient leur claviériste. Il n’a alors que 15 ans.

 

Osibisa est souvent considéré comme le premier groupe de « world music ». Formé en 1969 par des musiciens africains et caribéens vivant en Angleterre, les compositions métissées d’Osibisa rencontrent un franc succès au Royaume-Uni. Lorsque Kiki Gyan les rejoint, ils sont au sommet de leur gloire, partagent alors l’affiche avec les Rolling Stones ou Elton John et jouent même devant la reine Elizabeth II. En parallèle de sa participation à Osibisa, il acquiert une solide réputation à Londres en tant que musicien de studio. « J’étais le meilleur, » déclarera-t-il plus tard lors d’une interview. En 1977, à l’occasion d’un festival au Nigeria auquel il participe avec Osibisa, Gyan rencontre Marvin Gaye, Peter Tosh et Stevie Wonder. Ce dernier aura une influence majeure sur la suite de sa carrière, comme on peut l’entendre dans son premier disque solo en 1979, 24 Hours in a Disco.

 

Le disque est un succès et entre dans les meilleures ventes de l’année aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Cependant sa carrière solo ne décolle pas pour autant. Probablement manipulé par des producteurs qui lui promettent qu’il va devenir « le nouveau Boney M », il sombre dans la drogue. « Le jour où j’ai essayé la cocaïne à New York est le pire jour de ma vie, » dira-t-il. « Au bout d’un moment c’est devenu une dépendance qui me coûtait 5000 dollars par jour. » Il dilapide sa fortune accumulée dans les années 70 et, après plusieurs cures de désintoxication sans succès, rentre au Ghana. Celui qui pouvait gagner « jusqu’à £8000 en un week-end » en tant que musicien de studio vit alors de mendicité. Il contracte le Sida et est retrouvé mort, quelques années plus tard, à l’âge de 47 ans, dans les toilettes d’une église avec seulement 70 cents sur lui.

L’histoire tristement tragique de Kiki Gyan n’est malheureusement pas un cas isolé et même symptomatique du fonctionnement de l’époque. Celui qui aurait pu devenir une star du calibre d’un Stevie Wonder ou d’un Michael Jackson a vu sa vie littéralement détruite par l’industrie musicale. On a parfois tendance à considérer que l’autodestruction et la prise de substances illicites font partie du cours normal de la vie d’une « rockstar ». Gyan nous rappelle à la triste réalité.

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